Les outils anciens ont la part belle dans l'art populaire français.
Sans outils, pas de progrès possible !
 Ce blog rend hommage à tous les travailleurs qui ont conçu, réalisé et employé des outils, par lesquels ils ont créé, souffert et éprouvé tellement de plaisir...

 

Scie à refendre le placage

 

 NOSTALGIE DE L'OUTIL ...

 

    "Ma passion pour les outils anciens - principalement pour ceux qui se rapportent au bois -  est avant tout empreinte de nostalgie...

    Entre le créateur et le consommateur, il existait naguère une similitude de vie et de pensée très étroite qui engendrait tout naturellement une compréhension spontanée  du travail  manuel. Les deux  catégories étaient tributaires des mêmes joies et des mêmes peines, donc étaient solidaires l'une de l'autre. C'était l'ère de l'artisanat rural.

    Le progrès, et son corollaire, la consommation, ont conduit rapidement à l'appauvrissement, voire à la disparition, du savoir artisanal et de l'imagination populaire.  De  la société créative, nous sommes passés à la société réceptive.

    Créés et gérés par les artisans, les outils sont passés alors entre les mains des industriels ; aujourd'hui, l'entretien des machines est même assuré par les usines qui les produisent.    

    Ainsi, après avoir ôté le pouvoir de créer les outils, l'industrie a retiré à l'artisan  les moyens de les entretenir. Qui plus est, la fatigue de la tâche répétitive a changé la création en production et les créateurs en pourvoyeurs de machines.

    Certes, la mécanisation n'a pas éliminé le besoin de l'outillage, mais sa conception et sa réalisation sont aujourd'hui l'affaire d'un petit nombre d'industriels. Le voudraient-ils, les artisans sont désormais dans l'incapacité de s'exprimer dans l'invention quotidienne de l'outil; les impératifs de productivité et de rentabilité leur en interdisent  tout loisir.

    Cependant, l'outil fait partie intégrante de notre culture, à tel point qu'évoquer  l'outil, c'est évoquer toute l'aventure humaine. Il est par excellence l'objet de transformation et  d'action qui se révèle le  signe  décisif de l'humanité et c'est à ce titre que l'étude des outils est un témoignage palpable de l'intelligence et de la solidarité.

    Prolongement de la main, l'outil permet la traduction de la pensée créatrice; il est le symbole du langage originel, dans la mesure où son usage est antérieur à celui de la parole et où  il     a permis à l'homme de s'exprimer et de survivre.

    Voir un outil, c'est dégager le geste créateur de celui qui l'a manié, c'est en  mesurer la raison sociale et l'utilité collective ; c'est aussi être ému par l'effort et  la compétence de l'ouvrier qui l'a imaginé ; c'est enfin, à travers lui, respecter le travail manuel comme source supérieure de l'intelligence.

    La diversité des métiers ( 451 recensés au XVIII ème siècle )  a donné  naissance  à  une  quantité impressionnante d'outils et c'est peut-être dans ce domaine que  l'imagination humaine a été la plus féconde. Cette imagination s'est traduite en  de multiples finesses dans la réalisation des outils, afin d'en améliorer les  qualités, dont les  principales étaient la fidélité et la durée.

    La plupart du temps bien entretenus par leur employeur, quelquefois richement  décorés, les outils se distinguaient par leur destination, par les matériaux qu'ils transformaient, par le climat et les cultures, qui suscitaient une architecture  spécifique à chaque contrée.

    La diversité des outils, due  à des processus créatifs  multiples qui traduisaient l'infinie ingéniosité des individus, a engendré un monde de formes extraordinaires  où  le fonctionnel était  source de beauté. La matière même employée pour la  création, l'équilibre du volume provenant de l'utilisation par le corps humain, en faisaient des oeuvres chaleureuses, utiles et belles."

  

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